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Publié : 10 janvier 2014

L’ABLATION

L’ablation

TAHAR BEN JELLOUN

Gallimard, Collection Blanche (Janvier 2014)

Présentation de l’éditeur :

« Témoins vigilants, observateurs attentifs, il arrive parfois que les romanciers se voient confier des vies pour les raconter dans leurs livres. Ils font alors fonction d’écrivain public. C’est ce qui m’est arrivé il y a deux ans lorsqu’un ami, qui avait été opéré de la prostate, m’a demandé d’écrire l’histoire de son ablation.
Je l’ai écouté pendant des heures. Je l’ai accompagné dans ses pérégrinations hospitalières. Je suis devenu ami avec le professeur d’urologie qui le suivait. L’idée d’un livre s’est imposée peu à peu. Un livre utile qui rendrait service aux hommes qui subissent cette opération, mais aussi à leur entourage, leur femme, leurs enfants, leurs amis, qui ne savent comment réagir.
Mais la situation était délicate : fallait-il, comme le demandait mon ami, tout raconter, tout décrire, tout révéler ? Après réflexion, j’ai choisi de tout dire. »
Tahar Ben Jelloun.


Extrait du journal Libération
Lundi 16 Décembre 2013

De Mehdi Ouassat

Tahar Ben Jelloun parle de son cancer de la prostate

« On se retrouve en tête à tête avec la peur de souffrir »

Tahar Benjelloun vient de révéler, dans un entretien accordé au Journal du Dimanche, qu’il est atteint d’un cancer de la prostate. « je n’ai pas subi d’ablation de cette glande - dit l’écrivain marocain -car le cancer a été pris à temps. Je me souviens parfaitement de la première fois où le Pr. Desgrandchamps m’a annoncé : " il y a quelque chose que je n’aime pas." Je me suis alors retrouvé avec le programme en main : toucher rectal, échographie, biopsie, IRM ...J’ai passé une nuit atroce... Dès l’annonce des examens, la question de la mort a surgi. J’ai commencé à mettre de l’ordre dans mes affaires. J’ai connu des moments de panique avant de démarrer le traitement. J’en ai parlé autour de moi, mais avec légèreté pour n’affoler personne. On est absolument seul dans la maladie. Il faut savoir vivre cette solitude pour qu’elle ne devienne pas un puits sans fond. On se retrouve en tête à tête avec la peur de souffrir. Il n’y a pas d’échappatoire. »

Mais avec un écrivain tout finit dans un livre. Et c’est ainsi que l’auteur du "Bonheur conjugal" vient de signer "L’ablation", aux éditions Gallimard. Un récit poignant où il aborde le cancer de la prostate, pour exorciser ses peurs. Il raconte les aspects les plus noirs de cette maladie, à travers l’histoire véridique d’un ami ayant subi l’ablation de la prostate pour cancer. « Le ton de "L’ablation" est volontairement cru, affirme l’écrivain. J’ai décidé de tout dire, car je veux briser les tabous entourant le cancer de la prostate. J’ai voulu dire la vérité, comme dans un roman. On se souvient de la première phrase de "Mars" de Fritz Zorn : "J’ai aussi le cancer." À l’époque, on ne parlait pas de "cancer" mais de "longue maladie". J’ai aussi voulu montrer que le courage, la pudeur, la honte, n’avaient pas lieu d’être quand on tombait malade. Mon père aurait été incapable de se faire ausculter pour des raisons culturelles et générationnelles. La pudeur n’a pourtant pas sa place ici. La médecine est, avant tout, dans l’efficacité. Les examens sont durs, au début, puis on s’y fait. On s’en fout très vite. Le cancer n’est pas non plus une affaire de courage ».

À propos de la peur de l’impuissance, qui hante tout homme ayant des problèmes de prostate, Tahar Ben Jelloun a affirmé qu’une vie sans sexualité lui semble possible. « Je vais aimer plus et mieux les femmes, affirme-t-il, car je n’aurai pas besoin d’être dans la séduction ».

Quant au caractère sombre de son livre, l’écrivain marocain a tenu à préciser qu’il ne peut pas passer son temps à écrire de belles histoires d’amour. « Je fais de la littérature, dit-il, et non du marketing. J’aimerais que "L’ablation" soit lu pour que la réalité du cancer de la prostate soit connue. La maladie nous concerne tous. Et il faut sortir de la honte et de la pudeur quand on parle du cancer ».